Je hais annoncer la mauvaise nouvelle, mais il le faut: l’Astérisk, le centre communautaire dans le Village de Montréal desservant les jeunesse queer et trans, ne va probablement plus jamais rouvrir.
Après 13 ans d’existence, l’Astérisk, ouvert depuis 2013 et ayant vécu à travers plein de changements sur des années, ne risque plus jamais pouvoir réouvrir ses portes, faute d’un financement gouvernemental coupé dans les dernières années. Même si je ne peux pas encore confirmer si cette fermeture est définitive ou non, le déménagement imminent de Jeunesse Lambda, AlterHéros et Juritrans, les trois utilisatrices principales dudit espace, fait en sorte que cette fin est imminente.
L’Astérisk, pour de nombreux·se·s jeunes queer, a été leur premier endroit sécuritaire où iels peuvent faire leur coming-out. Je l’ai vu, tous les vendredis soir où Jeunesse Lambda ouvre ses portes à des activités, et plein de jeunes — incluant certain·es sans domicile fixe — y trouvent refuge pendant quelques heures. D’autres organisations sans but lucratif desservant la jeunesse queer et trans ont pu organiser des activités là, notamment AlterHéros, et dans le temps, Projet 10.
Pour moi, ce fut également l’espace où j’ai pu bâtir tout ce que je fais en ce moment. Depuis fin 2022, la Coalition des groupes jeunesse LGBTQ+, organisation qui gérait (et qui continue à essayer de gérer) l’Astérisk, m’a permise à utiliser l’espace sans frais pour mes cliniques juridiques d’aide à la transition légale — initialement une petite initiative gérée à mon nom personnel, qui est depuis devenu Juritrans, une organisation qui a depuis pu aller plaider à la Cour suprême du Canada. Le fait que je suis en mesure de gérer Juritrans en ce moment relève, en bonne partie, de l’Astérisk, ladite Coalition, et les autres personnes qui œuvraient au sein dudit espace. L’Astérisk a également été le camp de base pour une bonne partie des manifestations organisées pour les droits des personnes trans — nommons, en particulier, plusieurs Marches trans depuis au moins 2015, incluant ceux que j’ai organisé depuis 2022, ainsi que la Wild Pride, ayant attiré plus de 12,000 personnes malgré une température ressentie d’au-dessus de 40°C. C’est un endroit devenu incontournable pour les militant·es pour les droits des personnes queer et trans à Montréal.

Et ben. «Financement gouvernemental coupé». Le modèle de financement des organisations communautaires en est un qui créé de la précarité. Au Québec, le PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires) et le SACAIS (Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales) sont les principaux bailleurs de fonds à long terme pour les organisations communautaires oeuvrant respectivement dans la santé des groupes marginalisés et la défense des droits. Sans ceux-ci, les organisations communautaires dépendent généralement de financement par projet, qui ne dure généralement qu’entre 1-3 ans et qui nécessite une quantité exorbitante de paperasse juste en rapports de projet et documents similaires — gaspillant du temps qui pourrait aller plutôt desservir les jeunes trans et queer eux-mêmes. L’Astérisk était financé par le SACAIS jusqu’en environ 2024, avant de se faire couper son financement parce que le projet ne servait pas, aux yeux du gouvernement, à la «défense des droits». Une excuse ridicule, mais coûteuse, ayant déjà coûté des centaines de milliers de dollars: depuis 2025, la Coalition a dû couper plusieurs de ses projets à long terme, et a dû lancer une campagne de sociofinancement, qui pourtant n’était pas allé assez loin pour sauver l’espace. La dernière crise avant que les dominos ont commencé à tomber, c’était une infestation de rats qui n’a pas été géré suffisamment vite par le propriétaire de la bâtisse où l’Astérisk se retrouve — ayant mené à sa fermeture depuis mi-février, le déménagement temporaire des organisations utilisant l’espace, et finalement, des départs permanents.
Un jour, j’ose espérer que certain·es personnes plus aisé·es nous voient crier et décident de nous aider. La bâtisse qu’habite l’Astérisk — le 1575 rue Atateken — vaut, selon le rôle fiscal de la Ville de Montréal, 457 k$. Le propriétaire voulait vendre la bâtisse pour un prix quand même plus élevé, mais ça reste que des locaux commerciaux pouvant servir de centre communautaire sont disponibles en dessous d’un million de piasses. Je ne vois pas comment est-ce que aucune personne riche ne pourrait mettre de côté un tel montant pour donner un espace permanent à la jeunesse queer d’une des villes les plus queer du monde. Si les organisations jeunesse queer se font évincer, c’est la faute combinée du gouvernement qui nous rejette et de l’ensemble des personnes qui refusent de soutenir la jeunesse queer et trans.
Un jour, j’ose espérer que la stabilité serait quelque chose auquel les communautés queer peuvent s’attendre à avoir — tant au sens politique qu’au sens financier qu’au sens de la vie quotidienne. Entre temps, nous survivrons dans la précarité, nos espaces étant des mémoires profondément ancrés dans nos âmes.
Mais on continue à se battre.
Parce que les vies des jeunes queer et trans valent la peine.

