Comme vous le saviez probablement déjà, les États-Unien·nes trans s’enfuient des États-Unis en masse. Plus de 400,000 d’entre eux ont été déplacé·es à l’interne des États-Unis, à cause d’une combinaison de haine généralisée anti-trans et des lois pouvant être qualifiées de génocidaires. Certain·es vont même essayer de demander l’asile ici au Canada. Toutefois, des anecdotes que j’entends, presque toutes les personnes trans étatsuniennes qui se réinstallent au Canada le font par d’autres moyens: la citoyenneté par descendance, des visas de travail en vertu de l’ACÉUM, la réunification familiale, et surtout pour des personnes trans plus jeunes, le statut d’étudiant·e international·e.

Pourtant, les étudiant·es international·es ne sont pas nécessairement libérées de Donald Trump dès qu’iels traversent la frontière étatsunienne – et ce, non seulement à cause de leurs passeports qui les mégenrent de force. J’ai appris, à travers plusieurs sources, que le Pôle bien-être étudiant (Wellness Hub) de l’Université McGill — qui inclut une équipe de médecins de famille offrant des soins de santé généralistes à la population étudiante, incluant l’hormonothérapie pour les étudiant·es trans — refuse d’offrir des hormones aux étudiant·es citoyen·nes des États-Unis ayant moins de 19 ans, en vertu du Décret présidentiel 14187 des États-Unis. Ces mêmes médecins peuvent pourtant prescrire des hormones à tout autre étudiant de l’université, incluant des étudiant·es international·es de pays où la transidentité serait complètement criminalisé. Rappel: l’âge de consentement médical au Québec, en vertu du Code civil du Québec, est de 14 ans.

Photo of McGill's Student Wellness Hub as seen from outside.

Pour le dire sans ambiguïté, cette interdiction ne s’applique que sur le campus de l’Université McGill. Ces mêmes étudiant·es d’origine étatsunienne pourraient avoir accès à de l’hormonothérapie ailleurs dans la ville de Montréal. Pourtant, les barrières sont multiples: pouvoir communiquer en français, trouver un médecin, faire appliquer l’assurance-médicale privée (les étudiant·es internationales ne bénéficiant pas de la RAMQ), et bien plus, créent une barrière marquée à l’accès à un soin pourtant essentiel.

La raison officielle derrière cette interdiction, de ce que je connais, est que le Pôle bien-être étudiant a reçu une opinion juridique à l’effet que prescrire de tels soins pourraient engendrer un risque de responsabilité civile ou pénale. La raison que je considère réelle, toutefois, serait que l’hégémonie étatsuninenne a permis, à répétition, aux décrets génocidaires de Donald Trump à affecter des personnes en dehors de son pays, au-delà de ses frontières. Ce n’est pas la première fois que des politiques ou décrets présidentiels étatsuniens affectent des médecins canadiens. En début 2025, la Health and Human Services (HHS) des États-Unis a créé un formulaire de lanceur d’alerte visant les médecins travaillant avec les jeunes trans, permettant aux médecins canadiens à être dénoncés aux autorités étatsuniennes (à l’exclusion des pays autres que le Canada et les États-Unis): seulement après onze courriels de journalistes de Pivot et de The Breach les provinces et territoires canadiennes ont été enlevés dudit formulaire. J’ai des motifs à croire que l’interdiction sur les soins imposé par l’Université McGill, ainsi que l’opinion juridique en question, serait fondé sur cet incident-ci.

Screenshot from The Breach. It shows the Health and Human Services website and a form titled

Des familles états-uniennes m’ont demandé, dans le passé, «est-ce que Montréal serait une ville sécuritaire où mon enfant pourrait aller étudier?» Ces familles sont souvent des familles états-uniennes ordinaires, qualifiées seulement par le fait qu’un ou plusieurs de leurs enfants seraient trans, et ainsi, forcé·es à s’échapper de nombreux États où le gouvernement cherche activement à les tuer. Ces familles ont, parfois, dû déménager leur vie entière d’états républicains à des états démocrates, et maintenant, ces états démocrates capitulent aux mêmes décrets anti-trans — les amenant ainsi à la carte que j’ai créée en tant que dernier ressort pour trouver une porte de sortie. Si les politicien·nes états-unien·nes pouvaient empêcher ses citoyen·nes à obtenir des soins de santé à l’étranger pour tout autre soin (tel que les prescriptions d’insuline), on parlerait d’un scandale internationale sans précédent. Toutefois, parce que cette interdiction ne concerne que les personnes trans, qui sont visés par plus de 3000 projets de loi anti-trans aux États-Unis, c’est apparemment OK?

L’université McGill a trahi certain·es de leurs étudiant·es les plus vulnérables — certain·es qui sont allé·es à McGill spécifiquement pour s’enfuir de Donald Trump — en écoutant à un décret qui n’a aucune force de loi au Canada. Le Ministère de la santé du Québec a dit, dans l’entrevue avec Pivot ci-mentionné, que « les actions du gouvernement des États-Unis en matière de soins d’affirmation de genre aux enfants n’influencent pas la ligne directrice que s’est donnée le Québec pour ces soins. »“ Alors, pourquoi est-ce que McGill applique ces standards discriminatoires, génocidaires, et imposées par un pays qui parle de nous annexer, plutôt d’appliquer les standards de soins et les lois en vigueur ici au Québec?

Restez à l’affût pour le communiqué à la Trans Patient Union (Syndicat de patient·es trans) de l’Université McGill! Leur appel à l’action va paraître bientôt.