Carte des politiques et lois anti-trans au Canada - mars 2026

Il est sans question que l’intensité des nouveau projets de loi anti-trans au Canada n’arrête pas d’augmenter en 2026. Mis à part de l’entrée en vigueur du projet de loi C-12 au fédéral (qui opprime les droits des personnes trans migrantes), plusieurs autres projets de loi les unes les pires des autres, incluant certaines qui dépassent même la cruauté de certains projets de loi étatsuniens, ont été introduits dans les trois derniers mois.

Changements depuis juillet 2025:

  • Québec: Augmenté à haut risque
  • Î.-P.É. et N.-É.: Diminué à «peu de risque imminent»
  • Territoires du Nord-Ouest: Augmenté à moyen risque
  • Nunavut: Catégorisé comme à moyen risque

À propos de la présente carte

Depuis que j’ai commencé à documenter les régressions aux droits des personnes trans au Canada (depuis 2021, lorsque je luttais contre la version initiale du projet de loi 2 au Québec), on me demande : « Je prévois de déménager au Canada, où devrais-je déménager ? ». Cette question, malheureusement, m’a été posée bien trop souvent depuis janvier 2025, date à laquelle Donald Trump a repris le pouvoir aux États-Unis : rapidement, nos voisins du sud sont devenus une zone de non-droit pour les personnes trans, avec des centaines de milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays et (de plus en plus) de réfugié·es et demandeur·se·s d’asile de jure et de facto. Cette question est tout aussi pertinente pour les personnes trans habitant au Canada elles-mêmes, ainsi que pour les autres personnes trans migrantes, qui souhaitent pouvoir vivre et s’épanouir dans un environnement où leur existence n’est pas constamment remise en question.

La version initiale de ma carte a été créée en septembre 2023; cette carte, inspirée de la carte d’Erin Reed concernant les lois anti-trans aux États-Unis, est devenue une manière pour moi de visualiser la haine anti-trans au Canada. À ce moment, des manifestations contre les droits des personnes trans avaient eu lieu à travers le pays, et la Saskatchewan allait devenir la seconde juridiction canadienne adoptant des mesures anti-trans. Depuis ce, plusieurs évolutions, principalement négatives mais parfois positives, ont eu lieu.

Les lois et politiques anti-trans au Canada ont tendance de s’inspirer de qu’est-ce qui se passe aux États-Unis, tout en étant adapté pour le contexte local. Des exemples incluent des interdictions des soins d’affirmation de genre, de drapeaux de la Fierté, de livres, ainsi que des lois mandant un outing forcé. Les stratégies juridiques utilisés pour défendre de telles lois sont presque équivalents. Les influences derrière les groupes anti-trans, financés tant par des groupes étrangers que des groupes locaux, se font de plus en plus ressentir ici.

Mon focus est de documenter le risque pour tant les adultes que les jeunes trans, en prenant pour acquis que le risque est relié. La plupart des lois anti-trans (et anti-2ELGBTQ+) dans le contexte canadien visent principalement les jeunes trans ou les femmes trans (sur ce dernier point, de la transmisogynie).

Cette carte ne vise qu’à analyser la haine légiférée, et non le niveau de sécurité de divers communautés pour les personnes trans à travers le pays. La triste réalité, c’est que c’est très difficile, voire impossible, de documenter, par exemple, les incidents haineux de manière compréhensive. Cette carte ne devrait pas être ton seul point de repère concernant les développements anti-trans au pays; plusieurs détails — tel que l’allongement ou le raccourcissement des temps d’attente pour l’accès aux soins de santé transaffirmatifs — ne sont pas captés ici!

Celeste Trianon pointing a middle finger at the Alberta legislature, at sunset.

La pure juridiction: l’Alberta

Politiques actives:

  • Interdiction des soins de santé transaffirmatifs pour les jeunes trans
    • interdiction totale (sous réserve d’exceptions) pour les mineur·es < 16 ans; les ados 16-17 ans sont obligé·es de chercher un consentement parental, malgré le principe des personnes mineures matures applicables dans les pays de common law
    • cette mesure a été implémenté seulement avec la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés pour contourner une injonction bref, la jeunesse trans en Alberta n’a pas le droit à la vie, quand ça a rapport avec leurs soins de santé
  • Interdiction de facto de l’éducation à la sexualité dans les écoles
  • Dévoilement forcé de l’identité trans aux parents de toute personne mineure qui fait un coming-out à l’école
  • Interdiction de l’usage de prénoms ou pronoms choisis pour les jeunes trans < 16 ans à l’école
  • Les filles et femmes trans 12+ ans sont interdits du sport féminin, même en matière de sport récréatif ou des cours d’éducation physique
    • Les filles et femmes 12+ ans qui ne sont pas trans sont obligé·es à attester leur sexe à la naissance (ou, dans le cas de filles 12-17 ans, se faire attester son sexe par ses parents), et de se soumettre à la possibilité d’avoir son sexe défié par toute personne pensant qu’elle est trans
  • Interdiction de livres à l’école (pour certaines bandes dessinées et livres illustrés)
  • Les ordres professionnels (qui réglementent les médecins, avocat·es, etc.) ne peuvent faire des formations obligatoires EDI ou discipliner leurs membres pour leur transphobie en dehors du cadre du travail

L’Alberta continue, en 2026, à être la seule juridiction canadienne a avoir les «pires lois anti-trans» en vigueur.

Le projet de loi 26 imposant une interdiction des soins de santé transaffirmatifs a fait l’objet d’une injonction dans le passé, grâce aux efforts de groupes tel que Skipping Stone et Égale Canada, qui ont intenté une poursuite le jour après que la loi a été adopté. L’Association médicale canadienne a également intenté sa propre poursuite. Toutefois, le gouvernement de l’Alberta a imposé la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés, un article de ladite charte permettant à déroger de quasiment tous les droits protégés par ladite Charte, à travers sa loi 9, la « Protecting Alberta’s Children Statutes Amendment Act » (Loi modificative pour protéger les enfants de l’Alberta). Depuis le 19 décembre 2025, les soins de santé transaffirmatifs sont effectivement interdits pour la majorité de la jeunesse trans en Alberta. La poursuite de Skipping Stone et Égale se poursuit néanmoins, mais sous d’autres fondements juridiques.

Les lois 27 et 29, concernant l’interdiction partielle de l’éducation à la sexualité, le outing forcé, les prénoms et noms, et le sport féminin, sont toutes rentrées en vigueur le 1er septembre 2025. Ces lois-ci ont également été modifiés par la loi 9, incorporant la clause dérogatoire, pour les mettre à l’abri de toute poursuite.

L’Alberta a également tenté d’introduire une interdiction de certains livres jugés «sexuels» (visant principalement des titres 2ELGBTQ+ tel que Gender Queer). Initialement, cette interdiction s’appliquait à l’ensemble des livres disponibles en milieu scolaire, dont La servante écalarte. Suivant une controverse publique assez massive, le gouvernement fait demi-tour, n’interdisant que les livres comportant des illustrations jugées sexuelles.

La loi 13, la Regulated Professions Neutrality Act(Loi concernant la neutralité des professions, également baptisé «loi Jordan Peterson» après le psychologue connu pour son opposition à l’accord de protections juridiques aux personnes trans), a été adopté le 11 décembre 2025, entrée en vigueur à suivre. Un impact notable de cette loi est que le Barreau de l’Alberta a abrogé son comité EDI en réponse. La loi interdit aux ordres professionnels à exercer une discipline pour des actes en dehors du contexte professionnel: par exemple, un médecin qui dit «les jeunes trans n’existent pas» en ligne ne pourrait subir aucune conséquence professionnelle pour ce.

Notons que la United Conservative Party (Parti conservateur uni) de l’Alberta a adopté des prises de position anti-avortement, anti-drag, et contre les changements de sexe légal à ses assemblées générales, ces propositions n’ont pas encore fait l’objet d’implémentation législatif.

Photo of a trans rights protest. A banner saying

En deuxième place: le Québec

Politiques actives

  • Ségrégation administrative des prisonnier·ères trans par leurs parties génitales
  • Interdiction de l’usage du français inclusif (notamment le pronom iel et la formulation tous·tes) dans la fonction publique
  • Obligation légale pour les élèves à mégenrer leurs enseignant·es qui ne veulent pas utiliser les titres «Monsieur» ou «Madame» (ceci inclut les titres «Mx.» et «Prof.»)
  • Interdiction de construire des toilettes non genrés dans les écoles publiques

La principale mise à jour que j’ai a donner ici, c’est l’interdiction du français inclusif dans la fonction publique implémentée durant l’automne 2025. Ceci force, entre autres, les fonctionnaires non-binaires à se faire mégenrer.

Eu égard aux soins de santé transaffirmatifs, aucune interdiction de jure n’a été implémentée, mais notons que les délais pour les délais pour les chirurgies d’affirmation de genre pour les adultes trans ont triplé à cause de coupures de financement gouvernementales.

Trois des cinq partis politques du Québec, dont la CAQ (présentement au gouvernement), le PQ (qui domine les sondages), et le Parti conservateur, utilisent de manière récurrente de la transphobie pour des points politiques. Nommons entre autres le cas d’Alexe Frédéric Migneault, personne non-binaire ayant gagné 500 $ au Tribunal des droits de la personne pour accomodements déraisonnables à un salon de coiffure, ainsi qu’une panique morale concernant le CHU de Québec qui fait la promotion de tests pour le VPH («pap tests») sans mentionner le mot «femme»; dans ce dernier cas, qui a fait l’objet d’attaques par la CAQ (Bernard Drainville, candidat à la chefferie de la CAQ) et le PQ (Catherine Gentilcore, députée de Terrebonne), l’hôpital a été ordonné d’ajouter le mot «femme» à sa publication, malgré le fait que ce n’est pas un enjeu réel du tout.

Il y a également une poursuite en cours, au Québec, pour permettre les enseignant·es à dévoiler de manière forcée l’identité de genre de leurs élèves à leurs parents. Notez que je représente l’une des parties dans ladite poursuite, la Clinique juridique Juritrans.

En général, le contexte social québécois suggère la possibilité que davantage de développements anti-trans auront lieu à n’importe quel moment, dès qu’une nouvelle panique ressort. Ainsi, j’augmente le niveau de risque du Québec encore une coche, pour le mettre au même niveau que la Saskatchewan. La seule chose qui l’empêche à être encore plus dangereux pour les personnes trans, c’est le fait que la clause dérogatoire n’a pas encore été utilisé, en contexte québécois, contre les personnes trans (sans pourtant oublier son usage contre les demandeur·se·s d’asile suivant l’affaire Kanyinda, et contre les femmes musulmanes quatre fois déjà avec les lois 21, 94 et 9).

Également en 2e place: la Saskatchewan

La Saskatchewan interdit toujours aux jeunes trans à utiliser leurs prénoms et pronoms choisis à l’école sans consentement parental, et a utilisé la clause dérogatoire a cet effet. Aucun nouveau développement a eu lieu depuis les dernières élections provinciales (en fin 2024).

En 4e place: la Colombie-Britannique

La Colombie-Britannique a vu le plus de projets de loi anti-trans au Canada depuis l’automne 2025. Voici les cinq projets de loi anti-trans que j’ai pu valider entre l’automne dernier et début mars – ces projets de loi sont tous morts à l’eau en 1re lecture:

  • Protecting Minors from Gender Transition Act (Loi pour protéger les mineures de la transition de genre) (8 oct. 2025; rejeté en 1re lecture 40-48)
  • Post-Secondary Institutions Diversity, Equity and Inclusion Prohibition Act (Loi pour prohiber la diversité, l’équité et l’inclusion dans les institutions postsecondaires) (19 nov. 2025; rejeté 41-50)
  • Public Flags Display Act (Loi concernant l’affichage des drapeaux en public) (25 nov. 2025; rejeté 15-73)
  • Gender Ideology and Child Protection Act (Loi concernant l’idéologie du genre et la protection de la jeunesse) (19 fév. 2026; rejeté 38-49)
  • Human Rights Code Repeal Act (Loi pour abroger le Code des droits de la personne) (26 fév. 2026; rejeté 37-50)

Ces projets de loi se distinguent de ceux du restant du Canada à deux égards. Premièrement, ils sont introduits sans égard à leur possibilité de se rendre en 2e ou 3e lecture (ou une ultime adoption), un peu comme aux États-Unis: ils sont introduits par des député·es de l’extrême-droite, notamment Tara Armstrong (indép., ex.-OneBC, ex.-Conservateur) et Dallas Brodie (OneBC, ex.-Conservateur), et sont toujours rejetés par une majorité parlementaire, incluant les député·es de la NPD de la C.-B. et du Parti vert de la C.-B. Deuxièmement, ils se distinguent par leur degré de cruauté, qui outrepasse tout autre projet de loi anti-trans au Canada.

La Loi pour protéger les mineures de la transition de genre de Tara Armstrong est, en fait, une copie-colle d’un modèle de loi anti-trans créé par le groupe états-unien anti-LGBT Do No Harm. C’est également la première fois que la clause dérogatoire a été utilisé dans le Parlement de la Colombie-Britannique. La Gender Ideology and Child Protection Act va encore plus loin en réputant que l’affirmation de la transidentité d’un·e jeune trans serait une forme d’abus. La Public Flags Display Act est une loi pour interdir certains drapeaux, et a été introduit explicitement pour interdir les drapeaux LGBT, trans, et palestinien. Le pire projet de loi? La Loi pour abroger le Code des droits de la personne la Human Rights Code Repeal Act — un premier au Canada, où je n’ai même pas pu trouver un équivalent étatsunien — enlève toute protection contre toute forme de discrimination qui existe en Colombie-Britannique.

Compte tenu du risque minime que ces projets de loi passent, mais considérant également le fait que la NPD de la C.-B. a adopté des lois ayant un impact négatif disproportionné sur les personnes trans, interdisant certain·es à changer leur nom pendant toute leur vie, je maintiens la C.-B. à un niveau de risque moyen.

Un améliorement notable: la Nouvelle-Écosse

Le niveau de risque de la Nouvelle-Écosse a été diminué, grâce au plan d’action 2SLGBTQIA+ du gouvernement provincial — un plan d’action qui contient des promesses d’améliorer l’accès aux soins d’affirmation de genre. Pour une province avec un gouvernement conservateur, ceci est un développement positif que je n’aurai pas prévu à première vue, et facilement la nouvelle la plus positive que je peux annoncer avec la présente mise à jour.

Les territoires

Les Territoires du Nord-Ouest ont été reclassifiés à un risque moyen, à cause d’une absence de continuité d’accès aux soins de santé transaffirmatifs pour les jeunes trans — un effet découlant directement des lois 26 et 9 en Alberta.

Le Nunavut a été classifié avec un risque moyen également. Ceci fait suite au fait que ledit territoire est la dernière juridiction canadienne à permettre les mentions du sexe non-binaires sur les certificats de naissance, ce, trois ans après le Québec — et en débattant l’implémentation de ladite mention du sexe, 8 député·es (sur 20 présent·es) ont voté contre, à cause du mythe de la «prédatrice trans dans les toilettes». Tout comme avec la C.-B., c’est trop proche pour que je puisse m’assurer qu’aucun nouveau développement anti-trans aura lieu.

Quant au Yukon, je me demandais si le fait que la Yukon Party (un parti de centre-droite) a gagné le pouvoir pourrait mettre en danger les droits des personnes trans là. A priori, je n’ai aucune raison d’avoir peur, vu que ledit parti a promis à Queer Yukon (la principale organisation 2ELGBTQ+ là-bas) qu’il continuera à travailler sur un plan d’action sur l’inclusion des personnes de la diversité sexuelle et de genre. C’est peut-être moi qui essaie d’avoir un peu d’espoir dans ce monde effréné, mais faut espérer!

Le gouvernement fédéral

Ma peur principale avec le gouvernement fédéral, c’est le projet de loi C-12, qui est rentré en vigueur à la fin de mars 2025. Ce projet de loi permet à des révocations de statut et des déportations en masse sous des motifs questionnables, dont l’«intérêt public». Ça prohibe la majorité des personnes traversant la frontière étatsunienne à demander l’asile au Canada, malgré le fait que des demandeur·se·s d’asile étatsunien·nes ont déjà réussi à prouver leur persécution aux États-Unis avant Trump 2.0 — et interdit toute demande d’asile de toute personne ayant déjà été au Canada depuis plus d’un an, une barrière qui affecte massivement les demandeur·se·s d’asile 2ELGBTQ+ qui font un coming-out au pays, ce, possiblement après quelques ou plusieurs années ici.

Le gouvernement Carney explore également la possibilité d’une interdiction des réseaux sociaux pour les jeunes ados <16 ans. Je considère le fait que les mesures de vérification de l’âge ont un impact disproportionnément négatif sur les personnes trans, dont les pièces d’identité ne concordent pas nécessairement avec eux-mêmes, ainsi que les enjeux de vie privée et d’accès aux ressources communautaires qui en ressortent.

Vu la loi C-12, je conserve le niveau de risque du gouvernement fédéral à un niveau moyen.

…et le reste du Canada

Aucune nouvelle particulière en Ontario, qui reste à moyen risque principalement parce que Doug Ford a parlé de «droits parentaux» en 2023, et n’a pas cessé de penser à l’usage de la clause dérogatoire (en général). Certains autres projets de loi, tel que la loi 97, suggèrent la possibilité qu’un recul rapide aux droits fondamentaux pourrait avoir lieu s’il y a un désir gouvernemental de faire ainsi.

Le Manitoba demeure sécuritaire pour les personnes trans. La Loi sur les questions constitutionnelles, forçant une référence à la Cour d’appel du Manitoba pour toute loi provinciale qui utilise la clause dérogatoire, est un très bon signe pour un gouvernement qui n’a pas peur de défendre publiquement les jeunes trans et plusieurs autres minorités.

Aucun nouvel développement ne me fait avoir peur de potentiels reculs sur l’île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick ainsi qu’en Terre-Neuve.

Méthodologie

Chaque juridiction (ou plutôt, législature) est évaluée utilisant des mesures qualitatives, notamment la portée et la sévérité des lois, projets de loi et politiques anti-trans, ainsi que ce que les partis au pouvoir et d’opposition discutent; sont prises en compte les politiques tant des parties présentement au pouvoir, ainsi que ceux ayant une possibilité réelle de former un gouvernement (avec des ajustements pour la proximité des élections).

Tout projet de loi, politique, ou loi qui nuit, de manière intentionnelle, une proportion significative des personnes trans dans une juridiction donnée, ou un climat socio-légal suffisamment défavorable pour permettre à de telles lois à être adoptées, feront augmenter le niveau de risque du gouvernement à un niveau de risque plus élevé. Le qualificatif des «pires lois anti-trans» est réservé pour les juridictions qui interdisent les soins de santé pour les personnes trans, ont des politiques de dévoilement forcés, ou autrement ont une combinaison de lois, de politiques et d’hostilité anti-trans rendant cette juridiction comparable à un État ayant des «worst anti-trans laws» (pires lois anti-trans) sur la carte d’Erin Reed (concernant les lois anti-trans aux États-Unis).

De l’autre bord, le niveau de risque «bas», ou «aucune raison d’avoir peur», est limité aux juridictions où je ne pense sincèrement qu’aucun projet de loi ou politique anti-trans passerait dans un avenir proche. Les autres juridictions qui ne tombent ni dans «haut» ni dans «bas» risque sont présumés être de «moyen» risque.

Notons que le fédéralisme canadien est beaucoup plus poreux que le fédéralisme états-unien. Les mesures protectrices prises par des gouvernements seront prises en compte, mais seulement de manière limitée.


Politiques anti-trans au Canada en 2025: une année revisitée

S’il y a une manière de résumer comment est-ce que les choses se passent pour les personnes trans à travers le Canada, c’est que ça brasse du mauvais bord. Les projets de loi anti-trans sont partis d’idée folle et inusitée à une partie désormais intégrale de la droite autoritaire, et ce, malgré le fait que ces lois-ci sont meurtrières. Voici un résumé de comment les choses se passent.

Date Qu'est-ce qui se passe?
7 avril 2025

Un groupe anti-trans intente une action en justice pour tenter de forcer toutes les femmes trans détenues dans des prisons fédérales (purgeant des peines de 2 ans ou plus) à être incarcérées dans des prisons pour hommes

23 avril 2025

Le Parti conservateur (féd.) publie son programme électoral, dans lequel 60 % des mentions du mot « femme » sont utilisées pour revendiquer des politique anti-trans.

6 mai 2025

Le Parti progressiste-conservateur du Manitoba crie «mais ma liberté d’expression!» vis-à-vis un projet de loi visant à instaurer des protections sur la base de l’expression de genre

26 mai 2025

Le gouvernement de l'Alberta propose une interdiction des livres, visant principalement les livres queer (tel que Gender Queer), avec entrée en vigueur en septembre

29 mai 2025

Le Parti conservateur de la C.-B. introduit un projet de loi visant à restreindre la distribution de livres queer dans les écoles. La loi ne risque pas de pouvoir être adoptée

30 mai 2025

Le rapport du Comité de sages sur l'identité de genre, mandaté par le gouvernement caquiste du Québec, est déposé. Ce rapport est bourré de désinformation et de stéréotypes anti-trans

3 juin 2025

La loi visant une sécurité rigoureuse à la frontière, une loi anti-demandeur·se·s d’asile affectant les demandeur·se·s d'asile trans, introduit au fédéral par le Parti libéral

4 juin 2025

Le Règlement sur l’équité et la sécurité sportive de l’Alberta, interdisant la participation des filles et femmes trans dans le sport, introduit (avec entrée en vigueur le 1er septembre)

18 juin 2025

La CAQ condamne les femmes trans incarcérées à être jetées dans des prisons pour hommes, sauf si elles ont eu une chirurgie de transition (qui, par définition, est stérilisante)

25 août 2025

La CAQ instaure un règlement sur le civisme à l’école, qui comprend une exigence de mégenrer les profs non-binaires avec «Monsieur» ou «Madame»

1er sept. 2025

En Alberta, les lois 27 et 29 entrent en vigueur. Ces lois exigent le dévoilement forcé aux parents de la transidentité des élèves qui font un coming-out à l'école, interdit l'éducation à la sexualité, et interdit la présence de femmes trans dans le milieu sportif. La politique de censure de livres entre également en vigueur, mais est modifié peu après pour seulement viser les BD (et non tous les livres)

18 sept. 2025

Il est dévoilé par les médias que l'Alberta a l'intention d'utiliser la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés pour interdire les soins de santé transaffirmatifs (info en anglais)

24 sept. 2025

Le Québec interdit l’usage de «iel», «toustes», «étudiant·e·s», etc. dans le secteur public

8 oct. 2025

En C.-B., le projet de loi M-216, une interdiction sur les soins de santé transaffirmatifs modelée sur un modèle de loi étatsunien, est proposée par OneBC et rejeté ensuite (lire mon enquête ci-dessus en anglais)

8 oct. 2025

Les mesures anti-demandeur·se·s d’asile dans le projet de loi C-2 sont réintroduites dans le PL C-12

25 oct. 2025

La CAQ introduit et force l’adoption sous bâillon du projet de loi 2 concernant les médecins; cette loi a l’effet que plusieurs cliniques desservant la communauté trans doivent fermer en 2026

18 nov. 2025

Le Parti uni conservateur de l’Alberta (UCP) introduit le projet de loi 9, utilisant la clause dérogatoire de la Charte canadienne et enlevant le droit à la vie pour notamment interdire les soins transaffirmatifs

20 nov. 2025

La UCP introduit le projet de loi 13, interdisant les représailles professionnel·les pour la transphobie et interdisant les formations obligatoires en équité, diversité et inclusion

25 nov. 2025

Le PL M-225 (OneBC, en C.-B.), visant l’interdiction, entre autres, des drapeaux trans et de la Fierté, est rejeté au moment du dépôt

9 déc. 2025

Le PL 13 en Alberta est adopté, désormais interdisant les représailles professionnelles pour transphobie en Alberta

10 déc. 2025

Le PL 9 en Alberta est adopté, enlevant le droit à la vie (et les soins de santé transaffirmatifs) aux jeunes trans

11 déc. 2025

Le PL C-12 (fédéral) est adopté à la Chambre des communes

18 déc. 2025

L’interdiction des soins de santé transaffirmatifs en Alberta (et la loi 26, de 2024) entre en vigueur, après que la loi 9 est utilisée pour mettre fin à une injonction empêchant l'application de cette loi


Carte des politiques anti-trans au Canada - juillet 2025

Nous sommes à mi-chemin à travers 2025, une année que l’on va se souvenir en tant qu’année remplie d’attaques et de reculs à l’échelle mondiale contre les droits des personnes trans. Au Canada, malgré certains développements positifs, nous ne sommes pas non plus épargné·es. Le risque de régressions politiques anti-trans ici persiste, en particulier dans les juridictions canadiennes où les gouvernements de droite sont au pouvoir. Pourtant, il y a des raisons de garder espoir, notamment en regardant les provinces qui montrent une manière d’avancer malgré tout ce qui se passe.

Changements depuis janvier 2025

  • Fédéral: Risque élevé avec avertissement supplémentaire → Risque modéré avec avertissement
  • Québec: Risque modéré avec avertissement → Risque moyennement élevé
  • Nouveau-Brunswick: Risque modéré → Risque basse

La version de janvier 2025 de la présente carte et analyse est disponible en anglais seulement.

À propos de la présente carte

Depuis que j’ai commencé à documenter les régressions aux droits des personnes trans au Canada (depuis 2021, lorsque je luttais contre la version initiale du projet de loi 2 au Québec), on me demande : « Je prévois de déménager au Canada, où devrais-je déménager ? ». Cette question, malheureusement, m’a été posée bien trop souvent depuis janvier 2025, date à laquelle Donald Trump a repris le pouvoir aux États-Unis : rapidement, nos voisins du sud sont devenus une zone de non-droit pour les personnes trans, avec des centaines de milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays et (de plus en plus) de réfugié·es et demandeur·se·s d’asile de jure et de facto. Cette question est tout aussi pertinente pour les personnes trans habitant au Canada elles-mêmes, ainsi que pour les autres personnes trans migrantes, qui souhaitent pouvoir vivre et s’épanouir dans un environnement où leur existence n’est pas constamment remise en question.

La version initiale de ma carte a été créée en septembre 2023; cette carte, inspirée de la carte d’Erin Reed concernant les lois anti-trans aux États-Unis, est devenue une manière pour moi de visualiser la haine anti-trans au Canada. À ce moment, des manifestations contre les droits des personnes trans avaient eu lieu à travers le pays, et la Saskatchewan allait devenir la seconde juridiction canadienne adoptant des mesures anti-trans. Depuis ce, plusieurs évolutions, principalement négatives mais parfois positives, ont eu lieu.

Les lois et politiques anti-trans au Canada ont tendance de s’inspirer de qu’est-ce qui se passe aux États-Unis, tout en étant adapté pour le contexte local. Des exemples incluent des interdictions des soins d’affirmation de genre, de drapeaux de la Fierté, de livres, ainsi que des lois mandant un outing forcé. Les stratégies juridiques utilisés pour défendre de telles lois sont presque équivalents. Les influences derrière les groupes anti-trans, financés tant par des groupes étrangers que des groupes locaux, se font de plus en plus ressentir ici.

Mon focus est de documenter le risque pour tant les adultes que les jeunes trans, en prenant pour acquis que le risque est relié. La plupart des lois anti-trans (et anti-2ELGBTQ+) dans le contexte canadien visent principalement les jeunes trans ou les femmes trans (sur ce dernier point, de la transmisogynie).

Cette carte ne vise qu’à analyser la haine légiférée, et non le niveau de sécurité de divers communautés pour les personnes trans à travers le pays. La triste réalité, c’est que c’est très difficile, voire impossible, de documenter, par exemple, les incidents haineux de manière compréhensive. Cette carte ne devrait pas être ton seul point de repère concernant les développements anti-trans au pays; plusieurs détails — tel que l’allongement ou le raccourcissement des temps d’attente pour l’accès aux soins de santé transaffirmatifs — ne sont pas captés ici!

Méthodologie

Toutes les juridictions sont présumées présenter un « risque modéré ». À partir de là, tout projet de loi, toute politique ou toute loi qui nuit activement à une proportion significative de la communauté trans, ou tout climat sociopolitique favorable à l’adoption de telles lois et politiques avant ou peu après les prochaines élections, fera passer une juridiction à un « risque élevé ».

Le qualificatif « pires lois anti-trans » est réservé aux juridictions qui soit interdisent aux jeunes trans de recevoir des soins transaffirmatifs, soit outant les jeunes trans à leurs parents,, soit ont une combinaison de lois et de politiques anti-trans créant un climat si hostile aux personnes trans qu’elles seraient analogues à une « pire juridiction » selon la carte des risques anti-trans aux États-Unis d’Erin Reed (dont cette carte s’inspire vaguement).

Le qualificatif « à faible risque » est réservé aux juridictions qui ont soit créé des politiques et proposé et mis en œuvre des lois en faveur du bien-être des personnes trans, soit se sont montrées disposées à défendre activement les jeunes trans.

Les politiques du parti au pouvoir et/ou de tout parti d’opposition ayant une certaine probabilité de former un prochain gouvernement sont évaluées lors de la qualification du niveau de risque d’une juridiction.

Panoramic photo of Alberta Legislature. In front of it, four people, facing the legislature, point their middle fingers towards it.

La pire province: l’Alberta

L’Alberta continue à être la pire province pour les personnes trans au Canada, et la seule à obtenir le qualificatif «pires lois anti-trans». Ceci est le cas à cause des projets de loi 26 et 27, adoptés en décembre dernier, respectivement une interdiction sur les soins d’affirmation de genre en dessous de 18 ans, et une loi mandatant le outing forcé des jeunes trans qui font un coming-out à l’école. Cette dernière loi sert également en tant qu’une interdiction de facto de l’éducation à la sexualité en milieu scolaire.

Le projet de loi 26 a été temporairement suspendu en Cour, grâce aux efforts à Skipping Stone et Égale Canada, qui ont lancé une poursuite la journée après que les lois ont été sanctionnées. L’Association médicale canadienne a également lancée sa propre poursuite visant ladite loi. Malgré les droits des jeunes trans concernés par la présente loi, le gouvernement de l’Alberta a l’intention de porter en appel ledit jugement, et d’utiliser la clause dérogatoire — un geste «cruel et non nécessaire» selon Amnistie internationale Canada anglophone. D’autres propositions faisant partie de la plateforme de la United Conservative Party, le parti d’extrême-droite gouvernant l’Alberta, incluent des interdictions sur le drag, des interdictions de changement de sexe légal, et encore plus d’espace pour les discours haineux sur les campus universitaires — suggérant que l’Alberta n’a pas l’intention de reculer bientôt, peu importe ce que la Charte canadienne des droits et libertés dit.

Le projet de loi 27 sur l’éducation n’a pas encore fait l’objet d’une poursuite judiciaire, mais ça risque d’avoir lieu dans les mois à venir.

Une autre loi visant les personnes trans en Alberta est en vigueur présentement: la Fairness and Safety in Sport Act, une interdiction sur les femmes et filles trans en milieu sportif. Les règlements accompagnant ladite loi dicte que tout athlète âgé·e de 12 ans et plus doit être capable de «prouver» un sexe féminin tel qu’assigné à la naissance pour pouvoir jouer dans le sport féminin — que ce soit récréatif ou compétitif. Cette loi force les organisations sportives — incluant les organisations privées — à implémenter une telle politique; et permet à des vigilantes à contester le sexe assigné à la naissance d’un·e athlète, une mesure qui ne résultera qu’en plus de transphobie, que ce soit à travers l’exclusion systématique des femmes trans, ou par la création d’un environnement favorisant une police du genre affectant toutes les femmes.

Finalement, des interdictions sur le drapeau de la Fierté, implémentés en 2024 par les villages de Westlock et Barrhaven, demeurent en vigueur.

En deuxième place: la Saskatchewan

La Saskatchewan continue d’être une juridiction de «haut risque» pour les droits des personnes trans habitant là. Son utilisation sans précédant de la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés pour mettre en vigueur la loi 137 («Déclaration des droits des parents»), un mécanisme permettant de mettre des lois à l’abri de toute contestation fondée sur les droits de la personne (tel que le droit à la vie, la liberté, la sécurité de la personne, et à l’égalité). Les jeunes trans vont inévitablement souffrir à la lumière de cette loi, qui limite arbitrairement leur droit à la dignité à l’école (en empêchant l’usage d’un prénom ou de pronoms choisis dans le cas des jeunes trans uniquement, sans toutefois aller aussi loin que l’Alberta, qui mandate le outing forcé). Même si Scott Moe, chef du parti de la Saskatchewan, est revenu sur sa proposition d’interdire les vestiaires aux jeunes trans « dès le premier jour » de son mandat, en réaction à un reportage sur l’utilisation des vestiaires par deux jeunes filles trans, il a néanmoins exigé que chaque école dispose d’une politique en la matière, ce qui pourrait tant améliorer ou empirer la situation.

Il reste qu’il y a un risque élevé qu’encore plus de lois anti-trans soient introduits là, selon la panique morale du jour.

En troisième place: le Québec

Le Québec est souvent distinct du restant du Canada, par l’effet d’une barrière linguistique relativement forte. Malgré ce, une montée marquée de la haine anti-trans — en particulier, de la haine propagée par la Coalition avenir Québec, le parti de droite au pouvoir dans la belle province — mérite une augmentation du niveau de risque, mais pas au même niveau que la Saskatchewan.

Le Ministère de l’éducation du Québec requiert, depuis mai 2024, que toutes les nouvelles toilettes dans les écoles publiques soient genrées — une mesure introduite suite à des paniques morales en septembre 2023 relatif à des toilettes non genrées. Les élèves sont également désormais forcé·es par règlement d’utiliser Madame ou Monsieur pour désigner leurs professeurs à l’école — une politique reliée davantage au civisme qu’à un motif d’intention anti-trans, mais néanmoins avec un impact disproportionné sur les professeur·es de la diversité de genre.

Le Comité de sages sur l’identité de genre, un comité sur les personnes trans composé de trois non-expert·es cisgenres, a publié tout récemment un rapport donnant le micro à des groupes anti-trans sous le couvert de l’anonymatlégitimant, entre autres, des théories pseudoscientifiques tel que la rapid onset gender dysphoria. Le gouvernement du Québec a partagé publiquement son approbation dudit rapport. Encore plus effrayant: le gouvernement du Québec va au-delà des recommendations dudit comité, notamment introduisant une politique ségrégant les prisonnier·ères trans par leurs génitaux — une mesure n’affectant que six prisonnier·ères détenu·es dans des prisons provinciales, malgré une approche cas-par-cas suggéré par ledit rapport.

J’ai des motifs à croire que le gouvernement du Québec pourrait introduire des lois anti-trans dans l’avenir: cette politique sur les prisons en est une première exemple d’à quoi s’attendre. Étant donné que les projections électorales au Québec favorisent le Parti Québécois, auparavant de centre-gauche mais depuis réclamée par des nationalistes «anti-woke», j’ai peu d’espoir que les choses vont s’améliorer bientôt.

À risque modéré: le gouvernement fédéral, la Colombie-Britannique, et l’Ontario en particulier

Commençons par le gouvernement fédéral.

La victoire de Mark Carney est une non-perte pour les droits des personnes trans au Canada. Ce n’est pas une victoire — on n’a pas à s’attendre à des avancées bientôt — mais lorsqu’on considère l’obsession de Pierre Poilievre, du Parti conservateur pour l’abrogation du CD 100, une directive permettant simplement aux prisonnier·ères trans de demander à être transféré·es dans une prison correspondant à qui iel est, ainsi que ses suggestions antérieures d’interdire les soins de santé transaffirmatifs pour les jeunes trans et l’accès aux toilettes pour les femmes trans… disons qu’on a évité drette une météore.

Cependant, cela ne veut pas dire que nous sommes à l’abri de reculs. Tout d’abord, le gouvernement libéral actuel a montré une volonté à collaborer avec les conservateurs pour faire adopter des projets de loi qui feraient saliver Stephen Harper – comme en témoigne notamment le projet de loi C-5. Cependant, ce qui me préoccupe le plus, c’est le projet de loi C-2, la soi-disant « Loi visant une sécurité rigoureuse à la frontière » – un projet de loi que je qualifierais à la fois de draconien et de profondément anti-trans.

La loi C-2 détruit le droit d’asile au Canada, en enlevant aux potentiel·les demandeur·ses d’asile la possibilité d’être entendu·es de manière équitable et impartiale après un an — allant à l’encontre d’un droit protégé par la Charte canadienne des droits et libertés. Cette disposition affecte particulièrement fortement les personnes migrantes trans et 2ELGBTQ+, qui ne sont que confronté·es à la nécessité de déposer une demande d’asile qu’après avoir fait leur coming out ici au Canada, souvent après une ou plusieurs années. De plus, ça renforce le soi-disant «Accord sur les pays tiers sûrs» avec les États-Unis, malgré le fait que les É.-U., en plus d’être un pays dangereux pour les personnes trans (où elles sont persécutées sévèrement et souvent essaient de s’enfuir), construisent littéralement des camps de concentration à l’heure où je tape ces mots. Il s’agit d’un projet de loi qui n’est pas nécessairement motivé par une animosité anti-trans, mais dont les effets dévasteront la vie des personnes trans migrantes, les exposant à des risques de persécution à l’étranger, à une époque où le monde ne fait que se rétrécir pour les personnes trans à cause de la haine et du fascisme.

Maintenant, les provinces.

Pendant longtemps, la Colombie-Britannique a été une petite mer bleue de sécurité relative pour les personnes trans… mais ce n’est plus le cas. Le NPD de la C.-B., qui n’a qu’une majorité d’un seul siège, a, avant les élections d’octobre 2024, introduit et adopté une loi interdisant à certaines personnes criminalisées de changer de nom à vie (contrairement à des lois similaires dans le reste du Canada, qui autorisent une discrétion ministérielle dans l’octroi des changements de nom); cette loi affecte, de manière disproportionné, les personnes trans. Le Parti conservateur de la Colombie-Britannique, est bien pire: leurs députés n’ont cessé de répandre de la désinformation sur les personnes trans, de prôner davantage de restrictions sur leur vies, d’essayer d’introduire des lois anti-trans, allant même jusqu’à créer un ministre fantôme entier pour attaquer les personnes trans sous le couvert des « droits parentaux » — ce qui, pour certains députés de l’opposition, n’est pas suffisant. Il est impossible de dire aujourd’hui si la C.-B. va rester relativement calme au cours des prochaines années ou si elle va devenir dangereuse, comme l’Alberta; ça reste à voir.

L’Ontario a modifié, dans un geste peu médiatisé à la fin de l’année 2024, sa Loi sur le changement de nom afin d’empêcher les personnes ayant été condamnées de certains actes criminels à changer de nom, sauf si cela est demandé « pour éviter un préjudice important à la personne au nom de laquelle la demande se rapporte ». Cette disposition est, à première vue, moins stricte que la Name Amendment Act de la Colombie-Britannique. Toutefois, il reste à déterminer si le procureur général de l’Ontario comprend que les changements de nom sont nécessaires pour les personnes trans afin d’éviter un préjudice important. Mis à part ça, l’avenir en Ontario est difficile à déterminer. D’une part, le projet de loi 5 de l’Ontario reste une importante prise de pouvoir de la part du gouvernement et peut être interprété en tant qu’un signe avant-coureur de ce qui se passera si la haine anti-trans finit par se normaliser davantage dans cette province. D’autre part, le gouvernement de l’Ontario a décidé de ne pas porter en appel l’affaire K.S. c. O.H.I.P., ce qui va permettre à un plus grand nombre de chirurgies d’affirmation du genre à être couvertes par le régime public d’assurance-maladie de l’Ontario.

La Nouvelle-Écosse mérite d’être félicitée pour l’amélioration de l’accès aux soins d’affirmation du genre, en particulier dans les zones rurales. Cependant, d’autres projets de loi – par exemple, un projet de loi accordant aux progressistes-conservateurs de la Nouvelle-Écosse (NSPC) le droit de congédier le vérificateur général sans cause – restent une source d’inquiétude pour d’éventuels retours en arrière, en particulier si une vague populiste anti-trans se manifeste dans la province. Pour l’instant, la Nouvelle-Écosse conserve sa note présumée de «risque moyen».

Je n’ai pas de nouvelles à partager sur le sujet de l’Î.P-É., qui conserve sa cote de «risque moyen» pour l’instant.

À bas risque: le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, et les territoires du Nord-Ouest et du Yukon

Le Manitoba mérite d’être reconnu pour son exemplarité dans la défense des droits trans. Le projet de loi 26 du Manitoba abolit (finalement!) l’obligation d’obtenir une lettre médicale pour changer de mention du sexe, un obstacle important à l’accès à la justice et à la vie quotidienne des personnes trans habitant là, tandis que le projet de loi 43 ajoute l’expression de genre comme motif protégé dans son Code des droits de la personne. Le gouvernement de Wab Kinew soutient également, de manière vocale, la communauté trans face à la haine anti-trans. La seule nouvelle négative que j’ai à partager, c’est que loi n° 2 modifiant la Loi sur le changement de nom, adoptée par l’Assemblée législative du Manitoba en 2024, créera de nouveaux obstacles aux changements légaux de nom à l’avenir, mais elle n’est pas encore entrée en vigueur et contient des dispositions d’exemption ministérielle (ce qui la rend moins dangereuse que la loi équivalente de la C.-B.). Dans l’ensemble, malgré ce dernier point, le Manitoba semble être sur la bonne voie et, en tant que tel, est une juridiction sûre pour les personnes trans.

Le Nouveau-Brunswick a été ajusté à « risque faible », étant donné l’absence de développements négatifs dans cette province et le climat législatif créé par le gouvernement Holt.

Bien que je n’aie pas de nouvelles importantes pour les Territoires du Nord-Ouest, il n’en reste pas moins que les jeunes trans pourraient être confrontés à des obstacles supplémentaires aux soins si l’Alberta choisit de faire appel dans l’affaire Égale Canada c. Alberta, puisque de nombreuses communautés des T.N.-O. dépendent de l’Alberta pour accéder aux soins transaffirmatifs. La même chose s’applique pour une bonne partie du Nunavut.

Je n’ai pas de mise à jour à fournir concernant Terre-Neuve et le Yukon, qui restent sûrs pour le moment. En outre, je ne dispose pas de suffisamment de données pour pouvoir donner un cote au Nunavut; c’est pourquoi ça reste en gris pour l’instant.